Et la danse dura deux jours. François Audouze et Salon 1988 (Le Blog des Champagnes Salon et Delamotte)

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Et la danse dura deux jours. François Audouze et Salon 1988

 

Extrait du bulletin 258 du 28 janvier 2008 de François Audouze.

www.academiedesvinsanciens.org

[…]
« Je suis de bonne humeur. Ma fille cadette nous a envoyé une grosse truffe qui aurait dû arriver à Noël, mais en ces temps d’ « instant communication », elle a dû rouler toute seule jusque chez nous (la truffe). Je suis allé au village, j’ai acheté des fleurs et un très joli bijou que ma femme avait repéré avant Noël. De retour, j’ai décidé d’ouvrir Champagne Salon 1988. Le menu sera : Olives noires, crème de sardines sur toasts, foie gras en terrine sur toasts, pommes de terre à la truffe et à la crème, et pour la fin, on verra, car il faut qu’il reste du Salon pour demain, pour pâtes et truffe sur un faux-filet. Pour l’instant mes papilles s’échauffent.

Avec l’olive noire assez salée, c’est la sonnerie de Diane, qui annonce le réveil du Salon, faisant apparaître un tombereau de fruits blancs et roses. Avec le foie gras en terrine, délicieux, c’est un accord poli, bien construit. Mais avec la mousseline de sardines très douce, c’est complètement tonitruant. Le Salon se débride. Et c’est un jaillissement extraordinaire. Je vois de la groseille blanche, de la groseille à maquereau, de la rose, du coing, et tout ça sur une bulle qui sert de catapulte. Je vais voir ce que ça va donner sur la truffe, mais sur cette mousseline de sardine, c’est fou ! La mousseline de sardines je la tartine sur une baquette à l’ancienne, pure. C’est ainsi que j’avais commencé pour le foie gras. J’essaie maintenant le foie gras avec un peu de pain brioché à peine sucré. Et l’accord se fait mieux, car le léger sucré de la brioche excite le Salon 1988 pour lui donner un charme redoutable.

Ce sont deux accords très différents. Et à chaque fois, Salon 1988 s’en sort comme un Oscar de la Hoya, le Golden Boy de la boxe. Je vais de merveille en merveille !

La pomme de terre à la crème et à la truffe est une recette de Bruno que ma femme a adoptée. Sur ce plat délicieux, ce qui est invraisemblable, c’est que Salon perd son côté fruit généreux pour devenir vineux, et dans la ligne historique de Salon la plus pure. C’est le vineux qui fait la réputation de Salon. Et il est, pour cette année, d’une pureté exemplaire. J’ouvre ensuite un Saint-Marcellin fermier (je ne savais pas qu’il en existait de fermiers), particulièrement jeune, et l’image qui me vient est la suivante : dans la jungle, Nicolas Hulot accompagné d’une chercheuse du CNRS, est à la recherche de serpents. La scientifique en prend un avec un compas qui enserre le bas de la tête. Et le serpent se tortille dans tous les sens. C’est cela que fait Salon : il se tortille dans tous les sens. Il reste Salon, mais il est complètement affolé.

J’ouvre ensuite un camembert bien de chez nous qui sera mûr dans deux à trois jours. Et là, miracle du champagne, miracle de Salon, le champagne se met à ressortir tous ses fruits, devenant aussi flamboyant qu’il l’était à l’ouverture. Il est joyeux, opulent, fruité, heureux d’être là. Fregoli, je vous dis, Fregoli. Pendant que j’écris ces lignes (j’ai abrégé le repas pour garder du Salon demain), je le bois sans accompagnement, car il est inutile de penser à un dessert après l’accord camembert et Salon, et j’ai en bouche une imprégnation infinie, faite de fruits roses et rouges maintenant, d’une bulle lourde comme du plomb et d’une trace en bouche longue comme un plaisir sans fin.

Reprise du combat par chaud soleil. Nous déjeunons dehors. Sur le faux-filet seul, le reste du Salon 1988 est un interlocuteur poli. Je verrais très bien ces dames qui guident les visites privées d’un musée confidentiel. Il y a la délicatesse et la connaissance, mais la situation ne brille pas par une sensualité débridée.

Sur des fettucini que ma femme a cuits sans aucun adjuvant et sans contact avec la truffe qui est en lamelles dans un petit bol, le Salon, qui a perdu à peine sa bulle, mais suffisamment pour le faire paraître un peu plus âgé, gagne en noblesse. Je le verrais bien déambuler, dans les salles capitulaires de l’Escurial comme la noblesse espagnole. Car il est noble le gaillard, avec toujours des évocations florales et fruitées, mais devenues plus raffinées et strictes. Et quand le camembert arrive, avec un jour de plus qui lui va à merveille, le Salon devient le loulou de banlieue. Ca surine sec à Noisy-le-Sec. Ca danse la java dans mon palais et je suis aux anges. Il reste dans mon verre quelques gouttes pendant que j’écris, et le champagne est fruité, a gardé son teint de rose et des évocations florales et de fruits blancs, roses et rouge pâle. Il est vineux bien sûr mais avec un romantisme certain. Mon Dieu que c’est beau.

Amicales salutations de François Audouze »

 


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